Histoire

 

 

 

 



Des origines au réveil national

La présence de colons n’est attestée dans l’île qu’à partir du IXe siècle, lorsque des ermites venus d’Irlande élirent domicile sur quelques points de son territoire. Mais on sait fort peu de chose sur ces premiers établissements, qui disparurent à l’arrivée des envahisseurs païens. une des premieres cartes d'Islande La colonisation commence réellement vers 874, avec l’arrivée d’un chef de clan de l’ouest de la Norvège, Ingólfur Arnarson, qui s’y établit à l’emplacement de l’actuel Reykjavik avec sa famille et ses serviteurs.

Le flot des colons augmente à la fin du siècle, probablement lorsque le roi de Norvège Harald Ier Hårfager étend en 890 sa domination sur les Orcades et les Shetland. Cette colonisation, comme celle du Groenland, relève de la poussée viking sur les mers européennes. Les hommes qui peuplent l’Islande viennent essentiellement de la Norvège, d’Irlande, d’Ecosse, des îles Hébrides, des Orcades et des Shetland.

Les structures sociales reposent sur la prédominance des grands propriétaires. La pêche et l’élevage du mouton sont les principales activités d’une population qui vit en économie fermée. Au début du XIIème siècle, cette population s’élève à 75,000 âmes, chiffre qui ne sera pas dépassé avant le XXème siècle.

Les notables, les goðar (sing. goði), possèdent la réalité du pouvoir : ils remplissent les tâches de juges, d’administrateurs et accomplissent les fonctions religieuses. Ces chefs locaux coopèrent à la création d’une assemblée générale, le Parlement national (Alþingi, ou Althing), qui édicte un ensemble de lois imitées de celles de la Norvège, valables pour l’ensemble du pays. L’Alþingi se tient d’abord à Reykjavik avant de se fixer à Þingvellir, à l’intérieur des terres. Mais le pouvoir des «goðar» n’en sera pas diminué pour autant ; au contraire, par le système des héritages, on verra certains chefs concentrer entre leurs mains l’administration de très vastes territoires.

Au Xème siècle, des missionnaires chrétiens prêchent en Islande et, en l’an 1000, l’Alþingi décrète que tous les habitants de l’île doivent embrasser le christianisme. Cette conversion ne va pas sans de vives résistances qui frisent la guerre civile, et la tradition païenne demeurera longtemps vivace. Cela explique que les vieux textes de la civilisation germanique, disparus partout ailleurs en Europe, seront conservés en Islande sous forme d’admirables récits en prose ou en vers (Eddas et sagas). A la fin du Xème siècle, le Groenland fut découvert et colonisé par les Islandais sous le commandement d'Erik le Rouge, et aux alentours de l'an 1000 les Islandais furent les premiers européens à fouler le sol américain, 500 ans avant Christophe Colomb, bien que leur tentative de colonisation du Nouveau Monde qu'ils appelèrent "Vinland" échoua.

Le premier évêché autonome est créé en 1056 en Islande, et c’est d’ailleurs par ce biais que les rois de Norvège essaieront, puis finalement réussiront à établir leur domination sur l’île. En effet, dès Olav Ier (995-1000), les rois s’intéressent de près à l’Islande ; plus tard, ils se serviront de l’influence de l’archevêque norvégien de Trondheim, dont relèvent les deux évêchés islandais.

A partir de 1238, ce sont des Norvégiens qui occupent les sièges épiscopaux en Islande. En 1262, le roi Haakon IV (1223-1263) soumet les Islandais à son pouvoir. L’Islande manque de vaisseaux, en raison de la rareté du bois de construction dans l’île, et le trafic commercial est aux mains des marchands norvégiens.

A partir de 1380, l’Islande tombe avec la Norvège sous l’autorité des rois de Danemark, et l’île glisse peu à peu à l’abandon : les étrangers dominent le pays, occupent les sièges épiscopaux ; les agents royaux tyrannisent les habitants pendant que marchands anglais et allemands se disputent les profits du trafic islandais.

Au XVIème siècle, le roi Christian III (1534-1559) décide un certain nombre de réformes, dont les deux plus importantes sont l’établissement de la Réforme luthérienne et la décision de réserver les avantages commerciaux aux seuls Danois. Le commerce de l’île devient l’apanage des marchands danois, et Anglais et Allemands sont chassés. En 1551, l’instauration du protestantisme dans l’île ruine l’ancienne puissance de l’Eglise, mais la suppression du catholicisme rencontre de vives résistances ; le dernier évêque catholique, Jón Arason, meurt décapité (1550) ; il fera figure de héros de la cause nationale islandaise.

La réforme religieuse permet au roi de s’attribuer d’énormes territoires ; jusqu’au XIXème siècle, les terres de la Couronne et celles de l’Eglise représenteront la moitié des propriétés de l’île.

En 1602, le trafic islandais devient un monopole exclusivement danois, et le XVIIème siècle voit s’installer un mercantilisme rigide, avantageux pour le Danemark, mais ruineux pour l’Islande, dont le déclin économique est certain à la fin de ce siècle. En outre, des pirates barbaresques ravagent les côtes de l’île.

La population, tombée à 50,000 personnes, comprend alors 20 pour 100 de mendiants et de miséreux. De 1707 à 1709, une terrible épidémie de variole décime cette population sous-alimentée, bientôt réduite à 35,000 âmes. Au XVIIIème siècle, des catastrophes naturelles (éruption volcanique de 1783) et une terrible famine (1785) aggravent la situation. Toutefois, le grand responsable de cette stagnation reste le monopole commercial danois, qui sera enfin modifié dans un sens plus libéral à la fin du XVIIIème.

Vers l’indépendance

Toutes les rancoeurs des Islandais s’expriment en 1809 dans une tentative de révolte qui échoue. En 1814, au traité de Kiel, le Danemark, qui perd la Norvège, conserve l’Islande : compensation qui est moins médiocre qu’on ne l’imagine généralement. Cependant, lorsque le roi accepte d’établir un Parlement dans son royaume, l’agitation reprend en Islande, où un fort courant autonomiste commence à se faire jour. A partir de 1840, un homme politique, Jón Sigurðsson (1811-1879), réclame des réformes profondes tant économiques que sociales ou constitutionnelles. Le vieil Alþingi est restauré en 1843, et l’entière liberté de commerce est rétablie en 1854.

Jón Sigurðsson n’en continue pas moins à demander l’autonomie pour son pays. En 1874, le Danemark, à l’occasion du millième anniversaire du début de la colonisation, augmente les pouvoirs de l’Alþingi, qui partagera désormais avec le roi du Danemark le pouvoir législatif et le contrôle des finances de l’île.

La fin du XIXème siècle se caractérise par de grands efforts dans le domaine économique et éducatif. L’Islande, qui a conservé la pureté de sa langue, connaît avec le romantisme un renouveau littéraire et politique. Les dernières années du XIXème sont toutefois mauvaises pour l’économie de l’île, et de nombreux habitants émigrent au Canada.

En 1903, une Constitution nouvelle accorde une plus grande autonomie interne au pays, qui est désormais dirigé par un ministre Islandais. En 1906, le télégraphe relie l’île au continent et la pêche se développe. Le commerce extérieur devient plus prospère et passe de plus en plus aux mains des Islandais. Aussi l’émigration vers l’Amérique du Nord diminue-t-elle. En 1911, la première université islandaise est fondée.

En 1918, l’Islande devient, par traité, un royaume indépendant : celui-ci ne possède plus désormais de commun avec le Danemark que le souverain ; il est décidé que cet accord, valable pour vingt-cinq ans, pourra ne pas être reconduit à son échéance.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la position stratégique de l’île, «immense porte-avions qui ne peut être coulé», lui vaut d’être occupée par les Anglais en 1940, puis par les Américains en 1941. L’Islande, coupée du Danemark, est gouvernée par le régent Sveinn Björnsson (1881-1952), qui ne renouvelle pas le traité de 1918. Un référendum approuvé à une immense majorité met fin à l’union avec le Danemark et établit la république qui est proclamée le 17 juin 1944. Björnsson en est le premier président. En 1949, l’Islande adhère au pacte de l’Atlantique Nord et, en 1951, autorise les Américains à y installer une base militaire à Keflavik. Sous l’influence du Premier ministre, Bjarni Benediktsson (1908-1970), l’Islande reste dans l’O.T.A.N.  De 1958 à 1961, puis de 1973 à 1976, un conflit au sujet de la pêche l’oppose, victorieusement, à la Grande-Bretagne, cependant que, en 1962, son économie profite d’un accord de coopération avec les Etats scandinaves.


Cette page d'histoire est extraite de La Grande Encyclopédie Larousse






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